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dimanche 19 octobre 2014

L'appel des Oasis.

Entretien avec Mohamed Oudor,Président du Conseil municipal de Fam El Hisn et défenseur chevronné des oasis.

1-Mr Oudor, parlez-nous de l'oasis Tanzida, entre hier et aujourd’hui ?

Pendant longtemps Tanzida fut une oasis pied dans l’eau. En effet cette oasis créé sur les berges de l’ouedTamanart avait cette particularité d’abriter en son sein, au beau milieu de l’oued, un lac permanent d’où les palmiers dattiers et autres arbres puisaient directement la ressource dont ils avaient besoin.
Avec la succession des années de sècheresse, le lac s’est asséché et commence alors le long processus d’agoniede l’oasis, pour aboutir à son état actuel de dépérissement.
Sur le plan historique, Tanzida remonterait à l’époque almoravide dont la forteresse Tachoukalt, située à 2 kms au Sud-Est de Tanzida, constitue le témoignage encore vivant du passage par ce haut lieu de l’histoire par des Almoravides. Tanzida constitue, de ce fait, un espace d’identification historique et social.
Sur le plan agricole, l’oasis de Tanzida abrite les meilleures variétés de palmiers dattiers : Boufegous, Bouserkriet Jihel. La réputation de ses dattes va bien au-delà des frontières de la Commune et de la région avoisinante.

2- L'oasis de Tanzida n'est pas un cas isolé, d’autres en sont touchées de plein fouet par ces variationsclimatiques, que s'est-il exactement passé pour que nos oasis se trouvent dans cet état de délabrement,d’abandon voire d’agonie ?
En effet, depuis plusieurs décennies déjà, les oasis marocaines souffrent de plusieurs mutations néfastes, aux rythmes de plus en plus accélérés, qui se sont traduites par une dégradation manifeste et dangereuse de cet écosystème particulier.
Cette dégradation, due en particulier au changement climatique, est aggravée par une pression démographique et urbaine, d’une part, et par un comportement irresponsable de l’Homme, d’autre part. Cette dégradation s’est traduite par :
•
La perte de 40% de la surface végétale pour plusieurs oasis du sud marocain,
•
Le tarissement de plus de 50% des khettaras du Maroc,
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La réduction de 20% au moins des superficies céréalières et baisse de 40% de la production des dattes,
•
Le dépérissement, à cause du Bayoud, des 2/3 du patrimoine phoenicole de certaines zones du territoire oasien,
•
L’abandon de plusieurs Ksours, chefs d’œuvres architecturaux, ou leur invasion anarchique par le béton,

  
Ces photos aériennes de certaines oasis de la région se passent de tout commentaire.


3-Est-ce la faute uniquement au climat ou bien l'homme a aussi sa part de responsabilité ? Et comment réagit la population locale à ce phénomène ?
Comme indiqué dans la réponse précédente la dégradation aujourd’hui des oasis est la résultante de l’action, volontairement ou non, du comportement de l’homme, accentuée par le changement climatique.
Mais l’action de l’homme est particulièrement blâmable dans ce sens qu’il est à l’origine, pour une grande part,du réchauffement climatique, phénomène identifié par Jean Batiste Fourier depuis 1824 !
Depuis lors, malgré une prise de conscience planétaire de ce phénomène, les multiples sommets, conférences et colloques internationaux n’ont pas réussi à endiguer le phénomène, même pas à en atténuer un tant soit peu l’impact.
Au niveau des oasis, la population vit les sècheresses successives sans trop comprendre les mécanismes qui sontà leur origine. Leurs conditions de vie précaires prennent le dessus sur les questions de préservation de l’environnement. Aussi le fatalisme joue plein son rôle.  
L’implication des populations dans toute stratégie d’atténuation et d’adaptation passera nécessairement par des actions intensives et ciblées de sensibilisation.  

4-Quelles actions urgentes concrètes préconisez-vous, sinon celles qui vous semblent prioritaires dans ce contexte ?
Dans la mesure où les oasis, territoires non émetteurs de gaz à effet de serre, n’ont aucun moyen d’agir au niveau des pays industrialisés seuls responsables du phénomène, au moins, deux trains de mesures sont à entreprendre par nos gouvernants en faveur de ces territoires : des mesures d’atténuation et des mesures d’adaptation.
En effet, il faut atténuer l’impact négatif des catastrophes «naturelles» (sécheresses prolongées, inondations, incendies des forêts, …), tout en mettant en place des stratégies volontaristes d’adaptation : mobilisation de la ressource en eau de surface pour régénérer les nappes phréatiques taries ou en voie de l’être, utilisation intensives des énergies renouvelables pour le pompage de l’eau domestique et d’irrigation et aussi pour l’éclairage domestique et public, ….    
5- Plusieurs programmes sont lancés simultanément dans la région, dont le modèle d'adaptation aux changements climatiques, reste une meilleure attitude pour faire face à un tel phénomène, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les besoins d'adaptation ?
Comme déjà signalé plus haut, pour nos territoires oasiens, condamnés à une disparition programmée (à l’horizon 2050 selon Mme La Ministre marocaine de l’environnement) si rien n’est fait, seule la combinaison, maitrisée, de deux stratégies claires d’adaptation et d’atténuation est en mesure de produire des résultats tangibles sur le long terme.
6-Mr Oudor, qu’est-ce qui explique votre engagement et votre mobilisation pour nos oasis, ces merveilles en péril climatique ?
Je vous dirais comme Astérix (tout petit je suis tombé dans soupe aux oasis). En fait, je suis né et j’ai grandi sous les palmiers, ces lieux magiques ont fortement marqués mes douze premières années. C’est forgée alors en moi une conviction : les territoires, quels qu’ils soient ne seront jamais mieux servis que par «leurs enfants». C’est cette conviction qui m’a poussé à rentrer, en 1992, dans la politique locale, d’abord en tant que conseiller communal puis comme Président de la Commune depuis 1997. J’ai eu également l’honneur de représenter la Commune et la Province de Tata au niveau du Conseil régional (1997-2003 et 2003-2007) et au niveau du Parlement en tant que député (2002_2007).
7-Un proverbe russe dit "L’eau n’oublie pas son chemin" et Antoine de St-Exupery a écrit "Ce qui embellit le désert c'est qu'il cache un puits quelque part», est-ce toujours exact ? Y va-t-il de l'espoir qu'un jour nos oasis reverdissent ou sont-elles désormais condamnées ? 
En guise de réponse je vais paraphraser feu SM le Roi Mohammed V qui avait dit au sujet de la destruction d’Agadir suite au tremblement de terre de février 1960 « Si le destin a décidé de la destruction d’Agadir, sa reconstruction est confiée à notre volonté et à notre détermination ».
Ainsi, pour nous, enfants des oasis, les changements climatiques ne doivent pas être vus comme une fatalité qui nous accable et nous anesthésie. Nous devons prendre en charge notre destin, aussi tragique qu’il soit, et lutter pour changer les choses avec les femmes et les hommes de bonne volonté et aussi l’appui inconditionnel de l’Etat. C’est dans cette approche que l’inscrit la création toute récente du «Réseau de Défense et de Développement durable des Oasis» avec comme mission principale de porter la voix des oasis auprès des responsables étatiques, des organisations internationales, de la presse et évidemment auprès des populations sans l’implication desquelles rien se sera fait.

dimanche 6 juillet 2014

L'Appel des Oasis


“L’appel des oasis"
  Estimant qu’elles paient un tribut injuste à un mode de développement arbitraire qui les condamne, les oasis refusent de mourir et lancent un appel au monde pour une mise en œuvre effective du développement durable. RADDO (Sommet Mondial du Développement Durable à Johannesburg, 2002)”
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 Le RADDO 

Réseau Associatif de Développement Durable des Oasis

Présentation

Le RADDO (Réseau Associatif de Développement Durable des Oasis) né en novembre 2001 est un réseau d'associations actives au Maghreb pour la sauvegarde des Oasis et pour la promotion du développement durable en milieu oasien. La création du RADDO répondait, en effet, à un cri lancé par les oasiens d'Afrique, soucieux d'enrayer le déclin que ne cessent de subir les oasis. Un ensemble de bouleversements et de mutations socioculturelles ont engendré un dysfonctionnement de ces écosystèmes particuliers et très riches, menaçant leur existence et leur patrimoine social et culturel de grande valeur.

Historique

C'est en juin 2000 et à l'initiative du CARI et du CCFD, suite à un travail au préalable du CARI pour la sauvegarde de l'Oasis de Chénini dans les années 93/94 qui a notamment donné naissance à l'ASOC (Association de Sauvegarde de l'Oasis de Chénini), que les associations oasiennes se sont rencontrées à Chénini Gabès en Tunisie. Lors de cette rencontre ont été posées les bases d'un réseau entre les oasiens de Tunisie, d'Algérie, du Maroc, de Mauritanie et des associations de France menant des actions de développement durable. Une réflexion approfondie a été menée sur l'organisation des oasiens en réseau, ce qui permettrait l'expression de leur plaidoyer et la pérennisation de la dynamique engagée. Ainsi, en novembre 2000, le Forum Civil Euromed de Marseille, qui réunissait la plupart des oasiens, fut l'occasion de présenter cette dynamique des oasis mais également de contribuer à l'enrichissement du forum par les recommandations issues de l'atelier oasien.
Ces différents échanges entre oasiens et associations ont relevé une triple nécessité :
  • un lieu de capitalisation des savoir-faire pour les échanger,
  • une coordination entre les intervenants oasiens,
  • l'inscription dans la durée des actions de développement.
De plus, dans le cadre du renforcement de la dynamique oasienne par les échanges d'expériences dont l'effet de synergie est indéniable, une rencontre maghrébine des associations de développement durable a été organisée à Beni Isguen en Algérie du 31 octobre au 3 novembre 2001. Réunissant une quinzaine d'associations dont deux européennes travaillant dans le développement durable et la sauvegarde des oasis, le RADDO a pris réellement forme, et les ONG participantes ont décidé d'engager des actions concrètes visant la sauvegarde des oasis et la promotion du développement durable dans la région du Maghreb.
En 2002, une rencontre à eu lieu au Maroc à Goulmim dans le but de poursuivre et finaliser un programme d'actions concrètes oasiennes et de préparer la participation du RADDO au Sommet Mondial du Développement Durable à Johannesburg. Dans ce cadre a été rédigé la déclaration des Oasis pour qu'elle soit distribué lors du Sommet afin de faire entendre la voix des Oasis. Cette déclaration est disponible en français et en anglais.

Objectifs

S'appuyant sur son expérience et étant partie prenante des réalités locales et de savoir-faire en milieu oasien, le RADDO, se donne pour objectifs la promotion du développement durable, la sauvegarde et la réhabilitation des oasis comme patrimoine économique, écologique, culturel et social de l'humanité. Le RADDO vise également à structurer les ONG impliquées dans les oasis en vue de sensibiliser, créer un plaidoyer et agir collectivement pour la promotion d'un développement durable global et l'instauration d'un mieux être social.

Fonctionnement

Le RADDO repose sur un Comité de Suivi Permanent (CSP) composé de 4 points focaux pays qui ont un rôle d'animation, de collecte et de diffusion de l'information relative aux actions de sauvegarde des oasis dans chaque pays. Ces points focaux sont mandatés pour 4 ans et actuellement ce sont :
  • Algérie : Association Pour l'Environnement de Beni Isguen (APEB)
  • Maroc : Oasis Verte
  • Mauritanie : Tenmiya
  • Tunisie : Association de Sauvegarde de l'Oasis de Chenini (ASOC)
et des partenaires (facilitateurs) français :
  • CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) : c'est une association ayant 2 domaines d'actions, le financement des actions de développement et l'éducation au développement - 
  • CARI  (Centre d'Actions et de Réalisations Internationales - également Antenne Méditerranée du pS-Eau) : c'est une association de solidarité internationale ayant pour compétence l'Agroécologie et la lutte contre la désertification -

Le Programme d'Actions Concertées des Oasis (PACO)

Le Programme d'Actions Concertées des Oasis au Maghreb (PACO) est le premier projet du Réseau Associatif de Développement Durable des Oasis (RADDO) . Il est issu de l'atelier préparatoire au Sommet Mondial de Johannesburg qui c'est tenu à Guelmin et Thajhit au Maroc du 15 au 19 juin 2002 et dont il constitue l'un des produits. Il s'agit d'un programme multi-acteurs associatifs oasiens et prévu pour une durée de trois ans.
Les objectifs du PACO sont :

  • Le renforcement et la qualification du milieu associatif oasien de façon à consolider ses compétences techniques, institutionnelles et financières pour agir sur le développement local dans les oasis,
  • La communication entre oasiens et vers l'extérieur afin d'échanger l'expérience et le savoir-faire,
  • L'accès aux droits et le soutien au désenclavement (territorial, social, institutionnel...) des oasiens,
  • L'ouverture du milieu associatif oasien aux autres acteurs sociaux et politico-institutionnels du développement durable,
  • L'appui à la formation, appui institutionnel, renforcement de la concertation entre les associations et les universités. 
Ce programme d'actions est composé de 4 volets thématiques et d'un volet transversal qui consiste à alimenter le réseau en information et capitalisation (atelier d'échange d'expérience, site Internet, bulletin d'information, évaluation.) pour valoriser et faire vivre celui-ci.
Les volets thématiques sont :
  • L'amélioration de la production de semences adaptées aux milieux oasiens : création d'une parcelle de démonstration, rétablir la production de semences locales non hybrides, mise en place de programme de sensibilisation.,
  • L'appropriation et la diffusion des innovations dans le domaine du traitement et conservation des dattes : mise en place de session de formation sur les techniques de récolte et de transport, sensibilisation des agriculteurs, échange d'expérience .,
  • Le développement des pratiques et des techniques de gestion économe de l'eau dans le milieu oasien : amélioration des techniques culturales et économie de l'eau (amélioration du système d'irrigation, installation de pompe solaire.), amélioration des structures d'organisation notamment par la formation.,
  • La formation à une agriculture motivante pour les jeunes, et plus en phase avec l'environnement et le concept d' « agro-écologie » y compris une approche labellisée : création d'un centre de formation à l'agroécologie, formation de formateurs, formation des fellahs, développement d'un label oasis..

Le PACO est aujourd'hui en recherche de financement pour sa mise en ouvre.

Contacts :
• Patrice BURGER, responsable du programme 
• Christophe BROSSE, chargé de mission
Tél. : 04 67 55 61 18
E-mail : med@pseau.org